100La ligne

Before the Beginning

John Frusciante9:09

La distance décide de la méditation.

Cent mètres. Ça ne médite pas. Ça tue.

Les dents serrées, le cœur en travers de la gorge. Le corps est une arme.

La gorge brûle. Les cuisses sont en feu avant la moitié.

On ne pense à rien. Pas le temps.

C'est animal.

Mais ce n'est pas ça que je cherche.

Je cherche plus loin. Cinq kilomètres. Dix.

Les premières minutes, le corps proteste. La tête dit arrête.

Je ne l'écoute pas. Elle va se taire.

Dix minutes passent. Le pas se pose tout seul.

Les épaules redescendent. Le bassin trouve sa place.

Au bout d'un moment, le corps arrête de faire du bruit.

Les jambes ont pris leur rythme. Le souffle aussi.

Il reste la ligne blanche au sol.

Je la suis. Puis il n'y a plus de différence entre elle et moi.

Le genou qui monte. Le bras qui revient. Le même geste, dix mille fois.

Les pieds retombent au même endroit. Je n'entends plus le choc.

Il y a un moment où je ne sais plus si je pousse le tapis ou si c'est le tapis qui me pousse.

C'est là que je pars.

Je ne décide pas de partir. Je m'aperçois que je suis déjà ailleurs.

Les angles, tant qu'ils reviennent. Rien d'autre.

Le souffle fait le métronome. Il tourne sans que je le tienne.

Les pensées viennent encore. Mais elles ne s'accrochent plus.

Quelque chose s'ouvre.

Je revois des choses que j'avais oubliées. Une couleur. Un matin de janvier. Elles ne me dérangent pas. Elles passent.

Plus la distance est longue, moins je suis là.

À un moment, les jambes continuent et je suis ailleurs. Je ne saurais pas dire où.

C'est la méditation que j'ai pas cherchée. Elle est arrivée toute seule. Par les jambes.

Quand le compteur bipe, je ne sais plus depuis combien de temps je cours.

Je mets quelques secondes à me rappeler où je suis.

Je ralentis, je m'arrête. Les jambes tremblent un peu.

Je rouvre les yeux. Quelque chose s'est déposé.

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